La servitude non altius tollendi constitue une contrainte juridique méconnue mais déterminante en matière de construction. Cette expression latine, qui signifie littéralement « ne pas élever plus haut », désigne une servitude civile limitant la hauteur des bâtiments sur un terrain au profit d’un fonds voisin. Concrètement, elle peut bloquer un projet de surélévation, même si celui-ci respecte les règles d’urbanisme locales. Pour tout propriétaire souhaitant construire, rénover ou acquérir un bien immobilier, vérifier l’existence d’une telle servitude devient indispensable afin d’éviter des contentieux coûteux et chronophages. Ce guide détaille les origines, les modalités de création et les conséquences pratiques de cette servitude pour vous permettre de sécuriser vos projets immobiliers.
Origine, sens et portée juridique de la servitude non altius tollendi

La servitude non altius tollendi trouve ses racines dans le droit civil français et s’inscrit dans une longue tradition juridique de protection des droits entre voisins. Comprendre son fondement et sa nature permet d’en anticiper les effets sur un projet immobilier.
Comment traduire juridiquement « non altius tollendi » et quel est son esprit
L’expression non altius tollendi se traduit par « ne pas élever plus haut ». Dans la pratique juridique, elle désigne l’engagement pris par un propriétaire de limiter volontairement la hauteur de ses constructions afin de préserver les avantages d’un fonds voisin. Ces avantages peuvent être variés : maintien d’une vue dégagée sur un paysage, préservation de l’ensoleillement d’une terrasse ou d’un jardin, conservation de la luminosité d’une pièce de vie.
L’esprit de cette servitude repose sur un équilibre contractuel entre deux propriétaires. L’un renonce à exercer pleinement son droit à bâtir en hauteur, tandis que l’autre bénéficie durablement d’un cadre de vie préservé. Ce mécanisme illustre le principe selon lequel la propriété, bien qu’absolue en théorie, connaît dans les faits de nombreuses limitations conventionnelles ou légales pour permettre la cohabitation entre fonds voisins.
Les fondements dans le code civil et la place parmi les servitudes
Le Code civil français encadre les servitudes aux articles 637 et suivants. La servitude non altius tollendi s’insère dans la catégorie des servitudes conventionnelles, c’est-à-dire celles qui naissent de la volonté des parties et non de la loi. Elle se distingue également par sa nature : il s’agit d’une servitude discontinue, car son exercice ne suppose pas un usage permanent, et non apparente, puisqu’elle ne se matérialise pas par des aménagements visibles.
Cette classification a des conséquences importantes. Conformément à l’article 691 du Code civil, les servitudes discontinues et non apparentes ne peuvent s’établir que par titre, c’est-à-dire par un acte écrit. Elles ne peuvent donc pas être acquises par simple usage prolongé sans convention préalable formelle. Cette exigence garantit la sécurité juridique : un propriétaire ne peut se voir imposer une telle limitation de son droit à bâtir sans engagement écrit clair.
En quoi la servitude non altius diffère des règles d’urbanisme classiques
Les règles d’urbanisme issues du Plan Local d’Urbanisme (PLU) ou du Règlement National d’Urbanisme (RNU) fixent des limites de hauteur qui s’appliquent uniformément sur un territoire donné. Ces règles relèvent du droit public et visent l’intérêt général : préservation du patrimoine, cohérence architecturale, densification maîtrisée.
La servitude non altius tollendi, elle, relève du droit privé. Elle naît d’un accord entre voisins et protège un intérêt particulier, celui du fonds dominant. Un terrain peut donc subir une double contrainte : respecter à la fois la hauteur maximale autorisée par le PLU et la limitation plus stricte imposée par une servitude conventionnelle. Dans ce cas, c’est la contrainte la plus sévère qui s’applique. Obtenir un permis de construire conforme au PLU ne dispense donc pas de vérifier les servitudes privées inscrites au titre de propriété.
Conditions de création et de validité d’une servitude non altius tollendi
Pour produire ses effets juridiques, une servitude non altius tollendi doit respecter des formalités précises. La clarté de sa rédaction et sa publicité déterminent son opposabilité et sa pérennité.
Comment se crée concrètement une servitude non altius tollendi entre voisins
La création de cette servitude intervient généralement lors d’une vente, d’un partage ou d’une donation. Le notaire rédige alors une clause spécifique dans l’acte authentique, précisant notamment :
- La hauteur maximale autorisée, exprimée en mètres depuis le sol naturel ou un point de référence défini
- Les bâtiments concernés par cette limitation
- Le fonds dominant qui bénéficie de cette protection
- L’éventuelle possibilité de renégociation ou d’extinction de la servitude
Plus la rédaction est précise, moins les risques de litige sont élevés. Une clause vague comme « le propriétaire s’engage à ne pas gêner la vue du voisin » génère des interprétations divergentes. À l’inverse, une clause mentionnant « la construction ne pourra excéder 8 mètres à l’égout du toit, mesurés depuis le niveau du terrain naturel au point le plus bas » offre une sécurité juridique optimale.
Quelle place pour la prescription acquisitive et les usages de longue durée
En principe, une servitude non altius tollendi ne peut s’acquérir par prescription acquisitive en raison de sa nature discontinue et non apparente. Toutefois, la jurisprudence a admis dans certains cas exceptionnels qu’une possession continue, paisible et publique pendant trente ans d’un avantage lié à une limitation de hauteur puisse fonder une revendication.
Par exemple, si un propriétaire démontre que son voisin a maintenu volontairement pendant plusieurs décennies une hauteur de construction limitée, dans le but reconnu de préserver sa vue ou son ensoleillement, un juge pourrait reconnaître l’existence d’une servitude de fait. Néanmoins, la preuve reste difficile à apporter : il faut produire des plans anciens, des photographies datées, des témoignages concordants et établir l’intention claire du propriétaire du fonds servant de se soumettre à cette limitation.
Faut-il publier la servitude non altius pour qu’elle soit opposable à tous
La publication au service de publicité foncière constitue une formalité essentielle. Une servitude non publiée reste certes valable entre les parties qui l’ont créée, mais elle ne peut être opposée à un tiers de bonne foi, notamment un acquéreur ultérieur du fonds servant.
Concrètement, lors de la signature de l’acte notarié, le notaire procède à la publication de la servitude par dépôt au fichier immobilier. Cette formalité rend la servitude visible pour tout futur acheteur qui consultera l’état hypothécaire du bien. En l’absence de publication, un nouveau propriétaire pourrait légitimement ignorer l’existence de la servitude et construire en hauteur sans craindre de recours juridique du fonds dominant.
Effets concrets de la servitude sur les projets de construction et de surélévation

Une fois établie, la servitude non altius tollendi s’impose durablement au propriétaire du fonds grevé et peut remettre en cause des projets immobiliers pourtant validés par l’administration.
En quoi la servitude limite la hauteur d’un immeuble ou d’une maison
La servitude encadre strictement les possibilités de construction en hauteur. Elle peut interdire :
- L’ajout d’un étage supplémentaire sur une maison existante
- Le rehaussement d’un mur pignon ou d’une façade
- La transformation d’une toiture plate en toiture en pente qui augmenterait la hauteur totale
- L’installation de superstructures techniques (locaux techniques d’ascenseur, équipements de climatisation) dépassant la cote maximale
Cette limitation s’applique indépendamment de l’autorisation administrative. Un propriétaire ayant obtenu un permis de construire pour une surélévation conforme au PLU peut se voir contraint de démolir son ouvrage si celui-ci viole une servitude non altius tollendi dûment enregistrée. Les tribunaux ont régulièrement confirmé la primauté des servitudes privées sur les autorisations d’urbanisme en la matière.
Servitude de vue et droit à la lumière naturelle : comment s’articulent-ils
La servitude non altius tollendi protège généralement un avantage concret du fonds dominant : maintien d’une vue panoramique, préservation de l’ensoleillement d’une terrasse ou d’un jardin, conservation de la luminosité d’une pièce à vivre. Elle se distingue des servitudes de vue classiques, qui concernent plutôt l’ouverture de fenêtres et les distances légales à respecter par rapport aux limites séparatives.
Dans un contentieux, le juge analyse l’économie générale de la servitude : quel était l’objectif initial recherché ? S’agit-il de protéger une vue lointaine sur un monument ou un paysage, ou simplement d’éviter un vis-à-vis direct ? Cette interprétation peut influer sur les mesures de réparation : démolition totale, démolition partielle, indemnisation financière ou aménagement compensatoire.
| Type d’avantage protégé | Exemple concret | Conséquence sur le fonds servant |
|---|---|---|
| Vue panoramique | Vue sur la mer, montagne, monument historique | Interdiction stricte de dépasser une certaine hauteur |
| Ensoleillement | Terrasse, jardin, piscine bénéficiant du soleil en après-midi | Limitation de hauteur pour éviter l’ombre portée |
| Luminosité naturelle | Fenêtres de pièces principales (salon, chambres) | Encadrement des constructions pouvant assombrir les pièces |
Permis de construire et servitudes privées : qui l’emporte en cas de conflit
L’obtention d’un permis de construire ne purge pas les servitudes civiles. Les services d’urbanisme de la mairie vérifient la conformité du projet aux règles d’urbanisme en vigueur, mais ils n’ont pas compétence pour contrôler les servitudes privées inscrites sur les titres de propriété.
En pratique, un voisin bénéficiaire d’une servitude non altius tollendi peut contester une construction même après délivrance du permis. Il dispose de deux voies de recours : un recours administratif devant le tribunal administratif pour faire annuler le permis s’il estime que les règles d’urbanisme n’ont pas été respectées, et une action civile devant le tribunal judiciaire pour faire valoir ses droits issus de la servitude privée. Cette seconde voie est indépendante de la légalité du permis et peut aboutir à une démolition ou à des dommages-intérêts, même si le permis n’est pas annulé.
Prévention et résolution des litiges autour de la non altius tollendi
Anticiper les conflits liés à une servitude non altius tollendi nécessite une vérification rigoureuse en amont de tout projet. Lorsque le litige survient, plusieurs solutions existent pour le résoudre.
Comment vérifier l’existence d’une servitude non altius sur votre propriété
Avant d’acheter un terrain ou de lancer un projet de construction, il est indispensable de procéder à une vérification approfondie des titres de propriété. Plusieurs documents doivent être examinés :
- L’acte de propriété et les actes antérieurs remontant à au moins trente ans
- L’état hypothécaire délivré par le service de publicité foncière
- Les règlements de lotissement ou cahiers des charges s’ils existent
- Les plans de division et documents d’arpentage
Le notaire constitue l’interlocuteur privilégié pour cette vérification. Il peut également interroger les services du cadastre et rechercher d’éventuelles mentions marginales sur les registres fonciers. En cas de doute sur l’interprétation d’une clause ancienne ou rédigée dans des termes ambigus, consulter un avocat spécialisé en droit immobilier permet d’évaluer les risques avant d’engager des travaux.
Que faire si un voisin construit en violation de la servitude existante
Face à une construction qui viole une servitude non altius tollendi, plusieurs étapes doivent être respectées. La première consiste à engager le dialogue : un courrier recommandé rappelant l’existence de la servitude et demandant l’arrêt des travaux peut suffire si le voisin ignorait cette contrainte.
Si le dialogue échoue, une mise en demeure formelle doit être adressée par l’intermédiaire d’un avocat. Cette mise en demeure fixe un délai raisonnable pour la mise en conformité. En l’absence de réponse ou de bonne volonté, une action en référé devant le tribunal judiciaire permet d’obtenir rapidement l’arrêt des travaux et la nomination d’un expert pour constater la violation.
Au fond, le juge peut ordonner :
- La démolition partielle ou totale de la construction non conforme
- La mise en conformité de l’ouvrage (réduction de la hauteur)
- Le versement de dommages-intérêts pour compenser le préjudice subi (perte de vue, d’ensoleillement, dévalorisation du bien)
La jurisprudence privilégie généralement la démolition lorsque la violation est manifeste et que l’avantage protégé est substantiellement atteint. Les juges peuvent toutefois opter pour une indemnisation si la démolition apparaît disproportionnée au regard du préjudice constaté.
Est-il possible de modifier ou d’éteindre une servitude non altius tollendi
Une servitude non altius tollendi n’est pas éternelle. Elle peut être modifiée ou éteinte par plusieurs mécanismes :
L’accord amiable reste la solution la plus fréquente. Les propriétaires des fonds dominant et servant peuvent convenir, dans un acte notarié, de supprimer la servitude ou d’en modifier les conditions (par exemple, relever la hauteur maximale autorisée). Cet accord doit être publié au fichier immobilier pour être opposable aux acquéreurs ultérieurs. Il peut s’accompagner d’une contrepartie financière versée par le propriétaire du fonds servant qui souhaite récupérer sa pleine liberté de construire.
La confusion intervient lorsque les fonds dominant et servant se retrouvent entre les mains d’un même propriétaire. La servitude s’éteint alors automatiquement, puisqu’on ne peut avoir une servitude sur son propre fonds. Toutefois, si le propriétaire unique revend ensuite les deux fonds séparément, la servitude ne renaît pas automatiquement sauf stipulation contraire dans les actes de vente.
Le non-usage prolongé peut également entraîner l’extinction, mais uniquement dans des conditions strictes. Pour les servitudes continues et apparentes, le délai de prescription extinctive est de trente ans. Pour la servitude non altius tollendi, discontinue et non apparente, le non-usage doit s’accompagner d’actes positifs contraires (construction en hauteur) tolérés pendant trente ans pour qu’un juge puisse reconnaître l’extinction.
Avant de renoncer à une servitude non altius tollendi, le propriétaire du fonds dominant doit mesurer l’impact sur la valeur et l’agrément de son bien. La perte d’une vue dégagée ou d’un ensoleillement optimal peut significativement réduire l’attractivité et le prix de revente d’un bien immobilier. Une consultation avec un agent immobilier ou un expert peut aider à quantifier cette perte potentielle et à négocier une contrepartie financière appropriée.
La servitude non altius tollendi constitue un outil juridique efficace pour protéger durablement les avantages d’un fonds contre les constructions excessives d’un voisin. Sa constitution exige une rédaction précise et sa publication assure son opposabilité. Pour tout projet immobilier, vérifier l’existence de telles servitudes permet d’éviter des contentieux coûteux et des démolitions forcées. En cas de doute ou de conflit, l’accompagnement par des professionnels du droit et de l’immobilier reste indispensable pour sécuriser vos droits et préserver la valeur de votre patrimoine.
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